Nationalité autrichienne
Née en 1940 à Linz (Autriche)
Vit et travaille à Vienne (Autriche)
Biographie
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Conférence au Centre Pompidou,"Vidéo et Après" - 16 juin 2008

Biographie

« Le travail pionnier de VALIE EXPORT est essentiel pour une génération d’artistes- hommes et femmes- qui, depuis les années quatre-vingt, s’est intéressée à la représentation du corps et de l’identité. Elle a été l’une des premières artistes à interroger la complexité des relations entre la subjectivité, la construction du genre et le système médiatique, en montrant que l’identité est inscrite dans l’ensemble de ces relations. »[1]


L’œuvre de VALIE EXPORT est protéiforme. Elle se compose de performances, photographies, vidéos, dessins, écrits, films de fiction et installations. Toutes ces pratiques sont les supports de son questionnement sur la position sociale de la femme dans la société patriarcale de l’après-guerre.


Jusqu’à l’âge de 14 ans, l’artiste suit sa scolarité dans un couvent. Cette période est marquée par une vision très religieuse de la vie et une obsession pour Dieu et la religion.


Puis, de 1955 à 1958, VALIE EXPORT étudie à l’Ecole des Arts Décoratifs de Linz, dans la section textile et réalise ses premiers autoportraits, Metamorphosen der Identität. Elle s’installe ensuite à Vienne et poursuit sa formation au Haut Laboratoire expérimental d’enseignement fédéral pour l’industrie textile de Vienne, où elle se spécialise dans le Design de 1960 à 1964. Elle travaille de 1965 à 1968 en tant que scripte, monteuse et figurante et, en 1966, elle écrit son premier scénario.


C'est en 1967, que Waltraud Höllinger devient VALIE EXPORT. C’est un moment décisif qui s’inscrit dans sa problématique de l’identité. À la fois concept et logo ce nouveau nom doit être écrit en lettres majuscules. VALIE pour la féminité et EXPORT en référence à une marque de cigarette, Smart Export, à forte connotation machiste. L’année d’après, elle réalise VALIE EXPORT – SMART EXPORT (1968), photographie en noir et blanc où elle se met en scène dans une caricature publicitaire. Cette œuvre est l'occasion pour l'artiste de construire un manifeste visuel autour de son nom-logo.


En 1968, à Vienne elle rencontre le groupe de cinéaste d’avant-garde constitué autour de Peter Weibel, Kurt Kren et Ernst Schmidt Jr, et fonde avec eux la « Austrian Filmmaker’s Cooperative ». Elle devient également membre du Wiener Institüt Fûr Direkte Kunst qui rassemble les Actionnistes viennois, Otto Muehl, Gunter Brus et Hermann Nitsch. Leur volonté est de libérer la société d’après-guerre des structures de pensée "réactionnaire". À partir de ces rencontres, VALIE EXPORT construit un vocabulaire personnel où s’opère une réflexion sur le corps dans l’espace et l’image en mouvement par l’utilisation de la vidéo et d’installations interactives.


Tout comme les actionnistes, VALIE EXPORT utilise son corps comme base de son travail ; de la même façon, elle veut dépasser les limites imposées paret affronter directement le public. Son travail se distingue cependant de celui des actionnistes par le propos très féministe qu’il contient. En 1970, dans son action Body Sign Action, elle se fait tatouer sur le haut de la cuisse gauche un porte-jarretelle retenant l’amorce d’un bas. C’est pour l’artiste, le symbole d’un esclavage féminin passé. Dans une volonté d’opposition à la misogynie des actionnistes viennois, elle réalise Aus der Mappe Der Hundigkeit. (1968) action durant laquelle elle se promène dans le centre de Vienne tenant en laisse, Peter Weibel, marchant à quatre pattes derrière elle.


Les performances de VALIE EXPORT ont une réelle visée provocatrice. Très tôt, ses œuvres appellent à la réaction du spectateur plutôt qu’à une contemplation de l’objet. Par ailleurs, son travail ne revendique aucune esthétique particulière qui pourrait diminuer la force du propos. Dès la fin des années 1960, l’artiste renonce aux musées et aux galeries, trop conservateurs pour ses propositions expérimentales. Elle fait le choix de présenter ses performances dans la rue, au sein d'un environnement quotidien. Elle s’adresse ainsi à un auditoire non averti, surpris par l’agressivité de ses actions. Pour sa performance Aktionshose:Genitalpanik (1969), l'artiste arpente les files de cinémas pornographiques de Munich, vêtue d’un pantalon ouvert à l’entre-jambe et exhibant un fusil aux yeux des spectateurs.


L’artiste soumet son corps à des épreuves de violence physique et psychologique pour représenter les souffrances subis par le corps féminin. Elle définit son travail comme du Media Aktionism. Lors d’une performance, Eros/ion (1971), nue, elle se roule sur du verre pilé avant d'imprimer la trace de ses blessures sur un papier vierge. Elle entend ainsi changer la vision du nu féminin. Dans la vidéo, Remote...Remote, (1973), elle se blesse les doigts avec une lame de cutter avant de souiller un bol de lait de son sang. Ces actions peuvent être comparées à celles de Marina Abramovic, Michel Journiac ou Gina Pane.


La confrontation de VALIE EXPORT aux nouvelles technologies débute en 1966 avec des œuvres qui s'inscrivent dans la continuité de l’ "Expanded cinema", caractérisé par l’abandon de la salle de cinéma classique et des conditions de présentation traditionnelles. L’artiste décrit l’ " Expanded cinema " comme « l’extension du film traditionnel à la scène et à la rue, en rompant la chaîne conventionnelle et commerciale de fabrication du film. » C’est selon elle, « un collage étendu dans le temps et sur différentes couches spatiales et du medium, pour rompre avec la bidimensionnalité de la surface. »[2] Ses « Expanded cinema » ont servi de support à ses performances (Cutting, 1967). Dans Tapp und Tastkino/Touch Cinema (1968) elle dénonce l’abus du corps de la femme dans le cinéma. L’artiste présente son action pour la première fois au 2n> Maraisiade Junger Film de Vienne. Dans cette performance, elle déambule dans les rues de la ville portant sur sa poitrine nue une boite en carton avec un petit rideau. A ses côtés, Peter Weibel muni d’un mégaphone invite le public à s’approcher d’elle et à toucher. VALIE EXPORT crée une contradiction, en offrant une partie très érotique de son corps au public. Elle décrit ainsi son travail : « J’ai senti qu’il était nécessaire d’utiliser le corps de la femme pour créer de l’art. Je savais qu’en étant nue, j’allais profondément intriguer le public. Il n’y avait là aucun désir pornographique ou érotico-sexuel impliqué. Et c’est là que naissait la contradiction ».


Au cours des années 1970, la force provocatrice de son travail s'atténue en faveur d'une recherche sur la relation du corps à l'espace urbain et rural. Körperkonfiguration (1972-1982) est un projet qui prend la forme d’une enquête photographique dans laquelle l'artiste place son corps dans un paysage telle une sculpture vivante. Au travers de cette œuvre, elle souligne la perception spatiale inscrite dans le corps et explore les possibilités de positionner le corps dans l'espace.


VALIE EXPORT s'est aussi intéressée à la réalisation d'installations interactives (Split reality, 1970) et de vidéos pour la télévision autrichienne (Facing a Family, 1971). En 1984, elle réalise son troisième film de fiction, Die Praxis der Liebe, sélectionné au Festival International du Film de Berlin. Et en 1989, elle crée ses premières photographies numériques mêlant visages féminins et éléments architecturaux.


L'écriture est un autre moyen pour VALIE EXPORT d'exprimer son engagement idéologique et politique. Elle écrit plusieurs manifestes (Women’s Art. A Manifesto, 1973), des ouvrages théoriques (Aspects of Feminist Actionism et The Real and Its Double : The Body) et historiques (sur des femmes écrivains comme Virginia Woolf et Gertrude Stein).


L’artiste a enseigné la vidéo à l’Université du Wisconsin, de 1983 à 1991. De 1991 à 1995 elle est professeur à l’Ecole des Beaux-Arts de Berlin, puis à la Kunsthochschule für Medien de Cologne où elle enseigne le multimédia et la performance jusqu'en 2005.


 


Priscilia Marques


 


[1] Giovanna Zapperi, In Journal du Centre National de la Photographie, n°20, septembre 2003


[2] Vienne, texte de conférence des années 1970, archives Valie Export.