Nationalité thaïlandaise
Né en 1970 à Bangkok (Thaïlande)
Vit et travaille à Chiang Mai (Thaïlande)
Biographie
Bibliographie
Liste expositions

Biographie

Né à Bangkok le 16 juillet 1970 de parents médecins, Apichatpong Weerasetakul a grandi à Khon Kaen, dans une région au nord-est de la Thaïlande qui borde le Laos. En 1994,  il obtient un diplôme d'architecture à l'Université de Khon Kaen, et devient membre de l'Association des Architectes Siamois (l'A.S.A.) à Bangkok. Il part ensuite étudier aux Etats-Unis, où il obtient en 1997 un diplôme en réalisation à la School of the Art Institute de Chicago. Selon Daniel Eisenberg [1] enseignant à cette école, les projets d'Apichatpong Weerasethakul ont rapidement été soutenus. L'école a produit cinq de ses premiers courts-métrages, tournés en 16 mm: Bullet (1994), 0116643225059 (1994), Kitchen and Bedroom (1994), Like the Relentless Fury of the Pounding Waves / Mae Ya Nang (1995) et Thirdworld/Goh Gayasit (1997). 


En 1999, la vidéo Windows marque la découverte et l'apprentissage d'un nouveau médium. C'est sa première expérience avec une caméra vidéo. C'est en réalisant un test avec sa caméra qu'il remarque le reflet d'une fenêtre sur son écran de télévision et l'effet que cela produit sur son appareil: il capture alors des phénomènes de " fréquences vacillantes produites lorsque la caméra filme une image télévisuelle " [2], superposés au reflet de la fenêtre. Ici il ne s'agit pas d'instants de mémoire, d'instants nostalgiques, ou d'impression sur un paysage, il n'y a pas de narration non plus, c'est une recherche expérimentale sur les possibilités esthétiques que peuventt fournir ce médium, une improvisation. 


Pendant ses études, il fonde une première société de production indépendante, la  9/6 Cinema Factory. Cette entreprise lui permet de produire ses œuvres, et également de soutenir celles d'autres jeunes réalisateurs de Bangkok, avec ses propres moyens et dans ses propres studios, hors des contraintes économiques et/ou morales liées au cinéma thaï.
Dans le prolongement de cette première entreprise, il crée une seconde maison de production,  Kick the Machine, société qui lui permet de promouvoir de nombreux films expérimentaux et indépendants thaïlandais. Il participe également au Bangkok Experimental Film Festival qu'il contribue à créer en 1997 et qui connaitra quatre éditions en 1999, 2001, 2005 et 2008.


C'est en 2000 qu'Apichatpong Weerasetakul achève son premier long-métrage, Mysterious Object at Noon. Les éléments du film sont construits et assemblés comme un immense cadavre exquis, un " objet mystérieux " qui hybride cinéma expérimental, documentaire et légende populaire. Le film qui mêle interview et fiction commence par cette phrase : " il était une fois " et se poursuit par une traversé de la Thaïlande, au cours de laquelle le réalisateur propose aux villageois qu'il rencontre de poursuivre une histoire que d'autres villageois ont commencé avant eux, selon le principe du cadavre exquis.


  On peut observer que les recherches préparatoires en vue d'une œuvre le conduisent à produire plusieurs formes du projet initial. C'est le cas du long métrage Uncle Boonmee Who Can Recall His Past Lives (2010), réalisé dans le cadre du Primitive Project [3]. Ce projet est à la fois un ensemble de projections multi écrans (Primitive, Nabua, Making of the Spaceship, A Dedicated Machine, An Evening Shoot, A Music Video : I'm Still Breathing, A Music Video : Nabua Song), de quatre photographies, de dessins, d'accessoires utilisés pour la vidéo An Evening Shoot, et de deux courts métrages (A letter to Uncle Boonmee, Phantoms of Nabua). Dans ce projet il tente de capter la mémoire du nord-est de la Thaïlande et notamment celle du village de Nabua. Pour ce faire il travaille avec les adolescents et les anciens du village, afin de réactiver la mémoire et les souvenirs du lieu, ancienne base de l'armée thaïe dans les années 1960, qui a été l'objet d'une destruction sanglante. Il se réapproprie l'endroit en filmant la vie quotidienne, y intégrant de manière aléatoire des éléments de fiction, voire de science fiction, tels que la construction d'un vaisseau spatial. A letter to Uncle Boonmee, Phantoms of Nabua font partie des éléments important de la construction de Uncle Boonmee Who Can Recall His Past Lives : " l'expérience dans le village à toujours été reliée à l'existence de Boonmee. C'est un lieu où les souvenir sont réprimés. Je souhaite relier tout ça à cet homme qui se souvient de tout " (“the experience in this village was always related to Boonmee's existence. It is a place where memories are repressed. I want to link it with the guy who remembers everything”)[4].


Lorsque James Quandt interroge Apichatpong Weerasethakul sur sa manière de rendre compte du réel et du fictif dans ses œuvres, ce dernier répond : " Ce qui m'intéresse c'est de créer une sorte d'environnement réel, mais qui ne rend pas compte de l'actuelle réalité. Comme le souvenir de quelque chose de passé. Alors je suppose que c'est entre la réalité et la réalité imaginée. " [5].S'inspirant de légendes et de mythes traditionnels provenant de la culture populaire et de l'imaginaire collectif thaïlandais, les œuvres d'Apichatpong Weerasethakul obtiennent  une reconnaissance internationale.


Apichatpong Weerasethakul a également collaboré avec de nombreux artistes : Masahito Araki et Toshi Fujiwara pour le projet d'installation Narratives (2001); Michael Shaowanasai pour le long-métrage The Adventure of Iron Pussy (2003) ; Christelle Lheureux pour la vidéo Second Love in Hong Kong (2002) et pour l'installation vidéo Ghost of Asia (2005) ; Chai Siri pour l'installation vidéo Dilbar (2013).


Par ailleurs Apichatpong Weerasethakul a obtenu de nombreux prix, distinctions. Il a été invité à de nombreuses résidences, parmi lesquelles la résidence S-Air à Sapporo programme pour les artistes multimédias au Japon en 2001 (Sapporo Artist-in-Residence en collaboration avec le ICC - Inter-cross Creative Center). Ses trois long-métrages Blissfully Yours (2002), Tropical Malady (2004) et Uncle Boonmee Who Can Recall His Past (2010) ont été récompensés au Festival de Cannes, Uncle Boonmee Who Can Recall His Past a reçu la Palme d'Or en 2010. Il obtient en 2013 le Arts and Culture Prize, prix décerné par la ville de Fukuoka au Japon et la Yokatopia Foundation, pour honorer les contributions individuelles et collectives qui cherchent à préserver et à enrichir les cultures d'Asie dans leur unité et leur diversité. Il est le premier artiste à recevoir dés sa création en 2008 le Fine Prize de l'exposition Carnegie International à Pittsburg, prix de la fondation Canergie qui récompense un artiste de la scène contemporaine.


Louise Coquet



[1] James Quandt, Apichatpong Weerasethakul, Vienne, FilmmuseumSynemaPublikatonen, 2009, p.252.
[2] Luis Miranda, Apichatpong Weerasethakul: Teoria de los vasos comunicantes , in Luces De Siam, Una Introducción al ciné tailanés, Madrid, ed. Alberto Alena, 2006.
[3] commandé par le Haus der Kunst de Munich, la FACT de Liverpool et le Animate Project de Londres et présenté au Musée d'art moderne de la ville de Paris en 2009.
[4] http://www.kickthemachine.com/page80/page24/page67/index.html
[5] James Quandt, ibid. p.188.