Haunted Houses, 2003

Betacam numérique PAL, couleur, son


Pour réaliser ce projet, dont le scénario a été écrit à partir de deux épisodes de la série télé thaïlandaise Tong Prakaisad, Apichatpong Weerasethakul a mis à contribution des acteurs non professionnels – une soixantaine d'habitants de six différents villages de la campagne thaïlandaise – en leur demandant d'incarner les personnages de la série et d'interpréter l'intrigue. Chacune des familles sollicitées suit la linéarité d'un épisode télévisuel. Les personnages ne sont jamais interprétés deux fois par la même personne. Il en résulte un film qui a l'apparence d'un cadavre exquis, ce qui désoriente le spectateur. Par ailleurs le décalage entre les conditions de vie des villageois et la nature du scénario - amour, argent et trahison sont l'essence des épisodes de la série -, la manière dont les acteurs amateurs s'approprient les dialogues et les situations, créent un subtil contraste. Déplacement entre réalité et fiction, Haunted Houses laisse également apparentes les conditions de production : regard de gêne des acteurs vers la caméra, villageois des environs venus admirer la scène, son ambiant, etc., L'artiste traite des différentes formes de dépendance audiovisuelle, pointant du doigt l'impact qu'ont ces mélodrames sur la population thaïlandaise. Les foyers sont en effet " hantés " par le poste de télévision, par le flux d'images hypnotiques et aliénantes des soap-opéras ou des téléfilms loin de la réalité. Ce n'est pas tant une critique politique sur le manque de réalisme de ces séries qui se met en place ici, mais plutôt une célébration de la vraie présence des gens.

Louise Coquet