Né en 1965 à Springfield (États-Unis)

Biographie

David Shea a très tôt cherché à faire de la musique avec toutes sortes d'instruments. Après des débuts à la clarinette dans des groupes aux styles variés -blues, punk, rap, gospel, folk, et jazz, il étudie, dès 1982, la musicologie et la composition à la School of Performing Arts, Indianapolis, puis se familiarise avec Marcel Duchamp, John Cage, Iannis Xenakis et le mouvement Fluxus en 1984 à l'Oberlin Conservatory. Il s'établit ensuite à New York et entreprend des activités éclectiques ; il apparaît en tant que D.J. dans les clubs en improvisations vocales solo ou sur platines, et compose pour divers ensembles classiques ou contemporains. Il se fera principalement connaître grâce à sa collaboration, entre 1986 et 1996, avec John Zorn, l'une des grandes figures de la scène alternative new-yorkaise ("downtown"), où l'on retrouve également Anthony Coleman, Marc Ribot, Zeena Parkins, Jim Pugliese, David Weinstein et Tom Cora.


A côté de ses performances et compositions en solo David Shea  prend part à de nombreux projets avec des collectifs tels que Cobra, Film Works ou Absynthe, et des artistes tels que Robin Rimbaud (Scanner), Ikue Mori, DJ Grazzoppa, Zeena Parkins. Attiré tant par le cinéma que par la vidéo, il a composé les bandes originales de plusieurs films notamment pour Johan Grimonprez (DIAL H.I.S.T.O.R.Y.). Il accompagne souvent ses performances sonores de projections vidéo.


Il compose essentiellement avec un "sampler" (ou échantillonneur) qui lui permet d'improviser à l'aide de sons enregistrés et de pratiquer ainsi le "collage électronique" : "Je fais parfois des performances solo, avec juste un clavier sampler comme ce soir. En général, chaque élément vient de quelque chose que j'ai préalablement écrit et enregistré, ou écouté puis samplé. Je pique quelques éléments sur des CD et des vinyles, que je combine avec des instruments. Et tout est joué et mélangé en direct. Si une phrase est construite par 16 éléments différents, je vais affecter un élément par touche et je crée les séquences sur scène, en temps réel. Le sampler devient ainsi un instrument de virtuose, joué de manière physique [1]."


David Shea compose également pour des chorégraphes, et plus particulièrement pour Karole Amitage. Ses œuvres ont été présentées aux Ballets de Monte-Carlo (Segunda Piel, 1992, The Rave, 2001), à la Brooklyn Academy of Music (The Predators' Ball/ Hucksters of the Soul, 1996), au Spoleto Festival et au Rossini Festival.

Plus de vingt albums solo ont été distribués depuis son premier enregistrement en 1992 et il a participé à plusieurs disques collectifs. Les années 1990 sont ponctuées de tournées dans le monde entier, puis il séjourne en Belgique quelques années, avant de s'installer en Australie.


En 2001-2002, à l'occasion de sa contribution à l'exposition "Sonic Process" au Centre Pompidou [2], il collabore avec les ingénieurs de l'IRCAM [3] pour développer un nouveau système de sampler : le Najo sampler (système d'échantillonnage live).


Dans son travail de composition, David Shea se refuse à faire des distinctions entre les différents genres et les différentes technologies mises en œuvre : "La technologie, je la considère comme un instrument de musique qui n'est pas plus impressionnant, ni plus intéressant qu'un violon ou un instrument traditionnel chinois. En fait, je travaille sur la combinaison de l'électronique et du jeu acoustique intuitif." [4] S'inspirant de textes, de films et d'images tirés des cultures orientale et occidentale, il illustre toutes les connexions entre musiques traditionnelles et électroniques : " […] une grande part de mon travail est liée à l'interconnexion entre différents médias [...] Les divisions entre médias sont comme les divisions artificielles entre musique classique, jazz, techno et pop music : elles n'ont pas beaucoup de sens pour moi. Même s'il existe des identités séparées, ces catégories sont connectées. Les choses que je fais sont motivées par l'exploration de ces connections. C'est une idée un peu abstraite mais il est question de trouver ces connections, comment elles apparaissent, comment elles deviennent utiles et applicables... C'est le sujet de mes morceaux : il ne s'agit pas seulement de musique [5]."




Emilie Benoit




[1] http://membres.lycos.fr/plateforme/P2/shea/inter.html

[2] Sonic process : une nouvelle géographie des sons : exposition présentée au Centre Pompidou, Galerie Sud, 16 oct. 2002-6 janv. 2003, catalogue dir. par Christine Van Assche, Paris : Centre Pompidou, 2002

[3] Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique dépendant du Centre Pompidou à Paris.

[4] http://membres.lycos.fr/plateforme/P2/shea/inter.html

[5] Idem.